La
vie d'une conjointe militaire
Transcription
de la présentation de Madame Elizabeth Dallaire
au lancement de la Campagne du ruban invisible 2005 (traduction)
D’abord,
j’aimerais vous remercier pour cette opportunité
de parler avec vous aujourd’hui.
C’est
formidable de voir ce ruban spécial reconnu comme symbole
de dévouement et de loyauté de ceux qui portent
« l’uniforme invisible ». C’est par
la présence et les efforts des conjoints, conjointes,
et autres membres de famille que les Forces armées
canadiennes puissent opérer avec telle efficacité.
Suite
à votre demande, je vais humblement vous donner mes
aperçus de ma vie avec ma famille en tant que conjointe
militaire.
Pour commencer,
je crois essentiel de noter que les 25 années de vie
militaire seraient bien tranchées en deux périodes.
La première fut la guerre froide qui durera jusqu’à
1989 et la seconde à partir de la fin de cette dernière
jusqu’à présent.
La guerre
froide fut une période de simplicité et de faible
tension. En tant qu’épouses, nous tenions fort
quand même pendant les courtes et longues périodes
d’exercices déroulés un peu partout surtout
au Canada.
Il avait
aussi les fois qu’ils partaient pour des cours ou des
petites missions même si à de plus rares occasions,
comme un poste de 6 mois au Cyprus par exemple. Il avait plus
de personnes dans les Forces et il semblait avoir plus d’argent
de disponible pour appuyer les familles comme des matériaux
écoliers gratuits et tout.
Chanceux
sont ceux dans l’armée et dans les Forces aériennes
qui avaient l’opportunité de servir en Allemagne
pour trois années ! Nous souhaitions d’avoir
la chance de joindre nos conjoints qui était en soi
quelque chose d’agréable à imaginer.
Il y avait
plusieurs familles qui déménageaient durant
cette période là, alors nous devions nous déplacer
ailleurs au Canada assez fréquemment. Ceci voulait
dire qu’il fallait pendant la saison estivale oublier
les vacances d’été et vitement fermer-ouvrir
les maisons. Cela fut très fatigant et parfois un peu
taxant sur nos nerfs. Alors ce n’était pas facile
pour les enfants non plus.
Cependant,
cette période fut tout de même assez détendue
et paisible car les choses pouvaient être assez bien
planifiés d’avance.
Mais à
la fin de la guerre froide, soit à partir de 1990,
la situation a changé et la vie de la conjointe et
de la famille militaire devenue encore plus complexe et stressante.
Le militaire
dans ce pays a changé d’un état d’entraînement
pour la guerre à un état opérationnel
de guerre. L’armée s’est transformée
d’une garnison à un contingent qui est déployé
continuellement.
Le temps
dépensé à la maison devenu plus rare.
C’était devenu même une exception. En plus
de ça, les déploiements se faisaient à
des régions dangereuses du monde dont on n’avait
jamais entendu parlées.
Avec l’élimination
des affectations allemandes et les grosses coupures de budget
qui durait longtemps, c’était devenu évident
que la pression dans les familles augmentait.
On ne
peut pas oublier que c’est aussi dans les 1990 que les
salaires et les coûts de vie ont varié beaucoup
alors ce n’était pas surprenant de voir un membre
militaire obtenir un deuxième emploi afin de pouvoir
payer les factures mensuelles.
Les déploiements
nombreux dans les régions à risque élevé
nous fournissaient de l’argent supplémentaire
mais aux coûts de la qualité de la vie familiale.
Les risques de blessures et encore pire était devenu
évident en écoutant la radio ou la télé.
Comme
ma mère a dit, quand Roméo était revenu
de l’année passée en Afrique, elle n’aurait
jamais survécu la deuxième guerre mondiale si
elle avait témoigné les missions quotidiennement
comme nous avions fait dans nos maisons. Le stress et la peur
étaient avec nous tout le temps et nous attendions
que le prochain journal-télévisé annoncerait
le pire.
Les structures
militaires à ce moment là n’étaient
pas assez adéquates pour rencontrer les besoins des
conjoints et familles d’armées qui étaient
en guerre. Jusqu’à présent, le militaire
avait été paisible. Il fallait maintenant faire
face à la dure réalité qu’était
devenu le militaire, soit plus énervant et plus redoutable
avec toutes les différentes pertes faisant parti des
évènements quotidiens.
Les coupures
de budget ont fait en sorte qu’il était difficile
de demander de l’aide puisque les programmes gérer
pour ça fut sacrifié afin d’épargner
tous les sous requis pour les demandes opérationnelles.
Depuis
la Korée, ce fut une époque comme pas d’autres
dont les conjoints et familles avaient le plus besoin d’aide
et d’appui mais le système qui s’était
épuisé ne pouvait pas fournir. Le moral était
donc très bas.
Les membres
de la force étaient surchargés de travaille
puisque les réductions ne cessaient pas de continuer.
Avec les postes de six mois ou plus, les cours d’entraînement
formel, les exercices militaires, et les attributions de missions,
tous compressés pour littéralement enlever la
vie du militaire et sa famille ne le voyait pas pour presque
un an à la fois. Cela causait beaucoup de tension lors
des courtes réunions et ça devenait de plus
en plus difficile pour chacun de s’adapter aussi rapidement.
Par conséquent, plusieurs familles se séparèrent.
Même
si la situation s’améliora vers la fin des années
90, il y avait eu déjà tellement de dommages
et plusieurs bonnes personnes avaient disparus.
Durant
les dernières années, les déploiements
diminuèrent en nombre mais les risques demeuraient
toujours aussi élevés. La qualité des
programmes de vie se s’est améliorée avec
des centres d’appui familial, avec l’Internet,
avec des meilleurs revenus et bénéfices, avec
un meilleur système médical composé de
cliniques pour les blessés, et avec une population
canadienne qui est beaucoup plus sensible aux coûts
du maintien de la paix et qui est très supportant.
Les missions
ont diminué et nous pouvons maintenant trouver des
emplois à long terme et il y a plus de stabilité
dans les grosses embases et garnisons au travers du pays.
Ce facteur en tant que tel compte pour beaucoup et les sacrifices
tombent tous en place dans la vie d’une conjointe militaire. |